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lundi, novembre 03, 2008

Passengers Collapse

Je crois bien qu’aucun disque ne m’a plus plu que celui-là en un gros paquet de mois ; il a pourtant l’air, à l’épaisseur, bien moins dense que les pavés que j’aime mettre en sur le toit de mes maisons ; on n’y trouve même, sans passer par l’anamorphose d’une petite larme, aucun effet spécial digne de ce nom, à peine quelque incipit de chanson volontairement foiré, le coup de caisse claire qui s’écroule à côté, la guitare qui frise, le rythme qui repart un quart de temps trop tard pour souffler de la musique; depuis plusieurs semaines, je brûle de vous écrire à son sujet, mais je me trouve bien incapable de m’y résoudre, fouillant sans les mains les raisons de mon sentiment ; et voilà que je suis sans temps (je pars après-demain voir des amis au Japon, ça risque donc de faire le vent ici), un gros boulot sur le dos cet après-midi, je mets un principe dessus, depuis la baignoire, je fonce ici pour vous en dire deux, trois choses, sur ce principe ;

Cryptacize c’est la version presque mieux et presque vraie (groupe à prendre en photographie, groupe qui fait résonner les pièces de concert) des Curtains de Chris Cohen avec le percussionniste Michael Carreira et Nedelle Torrisi, vraie chanteuse dans toutes les langues du monde dans le texte (écoutez son dernier là, « The Locksmith Comet »); et les Curtains de Chris Cohen, c’était les battements de cœur dudit Chris (vous connaissez « Calamity » ? j’espère pour vous) qui joua un temps un rôle magnifique dans Deerhoof, leur écrivant à l’envie quelques chefs d’œuvres de deux minutes (toujours, encore The Runners Four, ceci dit en passant et comme je le dis aussi ici et là, ils s'en sont très bien remis) ; et que font ils, ces trois-là, pour qu’on se retourne dans l’eau chaude ?

ils font beaucoup (les chansons sont compliquées, un peu, pleines de crevasses, de virages violents et de coups de médiator en milieu de milieu de mesure, d’où le sort de leur sobriquet, certainement) mais ils ne font pas grand chose en même temps; pour tout dire, et comme l’a déjà écrit l’industrieux Sufjan Stevens (qui les sort) « Their new record “Dig That Treasure” offends many of my own musical impulses, the over-achieving bigger-is-better-shock-and-awe approach. Obviously I’m not offended, but rather in complete admiration of the band’s minimalist gorgeousness » et pour de bon, il n’y a presque rien, guitare réverbérée, autoharpe, cymbalum, petites cordes confondues, castagnettes, cymbale, héliophone, petite voix de Chris qui vacille dans les graves ou grande voix de Nedelle qui porte jusqu’au prochain château, qui ne bataille pour exister dans l’espace quand quelque chose, quoi que ce soit, résonne encore quelque part ailleurs, et pourtant, et pourtant parfois pourtant quand un cluster de voix, de coups et d’accords résonne d’une seule voix, la terre se met à grelotter, et la musique qui arrive par accoups, par virages, par négations, par soustraction est formidable ;

et la vérité qui s’est formulée dans le bain et dans la voix forte et farouche de Nedelle, c’est que dans le contexte d’un silence volontaire, des évènements qui se succèdent surtout et se chevauchent ponctuellement mais tout de même beaucoup moins souvent qu’ils ne se succèdent, ça fait comme dans un western : ça fait un monde, ça fait des naissances, ça fait des êtres ; écouter la musique comme on suit une courbe de croissance dans un carnet de santé, c’est un événement rare, ça arrive quoi, une fois par siècle peut-être, la preuve quand ils inventent des images pour s’illustrer, ils ne trouvent rien d'autre à faire que de les poser les unes à la suite des autres dans le temps, sans rien animer, sans rien bouger

mais c’est presque une chronique que j’écris ici ; je m’arrête, je vous dis ce qu’il y a écrit sur le disque, « DIG THAT TREASURE », genre, aimez-le, déterrez-le, faites les deux en même temps, fais les deux