acid polish
du texte travaillé là
et des frissons pour aller avec (et je dis pas ça parce qu'on voit yoshimi en soustifs)
"You are the ONLY person to visit this page. No one else will ever come here"
du texte travaillé là
lundi téloche, mes amis, pour célébrer le boson de Higgs et les langues de feu (on attend toujours qu'il soit vendu, ce foutu lot là)

"At the time, MIDI was not invented yet," says Sakamoto. "We used analog sequencers with voltage controls. Soon after the MC-8 came out from Roland, we did two world tours. We still used the MC-8. There was no memory function. Every time we performed, the programmer had to re-code the song. While we were playing a piece, the programmer was typing the sequence of the next piece.(c'est un peu fou, admettez)
"dans le fil du courant, l'eau glisse sur les petits trous du vieil Hohner, qui apparaissent déformés: c'est comme un blues visuel que jouerait l'eau claire. Tous les cours d'eau sont pleins de musiciens. Comme l'a prophétisé Rilke: si la terre t'oublie, dis à la Terre prisonnière: je coule, dis à l'eau qui court: je suis". Il est encore possible ici d'entendre l'esprit de ces musiciens perdus. Il secoue l'eau de son harmonica, il y porte ses lèvres, il n'a jamais été si près de devenir un médium, il ne s'en doute même pas" (T.Pynchon, La contre-attaque, trad. Michel Doury)
deux présents du samedi matin baigné de soleil de jour de givre
Nigeria Special: Modern Highlife, Afro-Sounds & Nigerian Blues, certifiée bourrée à craquer de fer blanc, de plans de guitare à vous décrocher l'auriculaire et tout à fait branchouillement corrects (tu peux faire vrombir tes lampes de designer italien hors de prix, mon ami), emmagasinés entre 1970 et 76 c'est à dire avant que Fela devienne la norme, quoi, bref, utilitairement nickel pour un samedi baigné de soleil froid (pour le coup le morceau de Celestine Ukwu refroidit vraiment le paysage)
Lichtenberg et le beau sexe
Après ses Quarante-neuf façons de poser la tête dans sa main et sa théorie des plis de l'oreiller, Lichtenberg a le temps (le loisir) d'ébaucher un précieux Quatre-vingt-une postures de l'amour, pour tous usages et tout public, tant pour les mariages heureux que les couples en herbe, sur lit ou au balcon, et pour ces amoureux centenaires que l'on sait embarqués ensemble pour longtemps - parmi celles-ci, la soixante-deuxième: Le Pavillon des jours de givre: l'homme se tient assis, son chapeau sur la tête, un livre de prière à la main; sa partenaire est à genoux, les jupons légèrement retroussés, à une distance de sept pas au moins; elle a une brosse dans la main droite et lessive les carreaux de la cuisine. La trente-septième: La Gondole des nuits sans lune: la femme est en face de son mari, les bras nus et les cheveux défaits; lui se tient sur ses deux jambes (bien campé), les bras levés, le front bas; la femme frappe à six ou sept reprises sur ce front, si bas soit-il, à l'aide d'un balais (etc. - inutile de préciser que les brouillons ont terminé dans une lessiveuse).
Il s'était promis également de compléter le catalogue des conquêtes de Don Juan, en y apportant un supplément d'âme, son expérience des êtres humains, son invention qui compense les lacunes de l'expérience, toute la courtoisie des Lichtenberg, gentilshommes de père en fils, et la politesse proprement georg-christophienne n'appartenant qu'à lui, léguée à personne: des portraits de dames, suivis de leur nom et d'un fragment de biographie: plus l'ensemble est précis, plus il est érotique, mais plus il rachète l'apparente désinvolture du Don Juan encyclopédiste. (Fragments de Lichtenberg)
j'adore cette band photo

et pis sinon ça n'a rien à voir mais bien fait pour leur gueule quand mêmeEn préambule idéal aux aventures artificières de la famille Traverse - car bientôt en français dans le texte - d'Against The Day, en épaississement nécessaire du précieux Bréviaire des artificiers de Mathias Enard et Pierre Marquès, et parce que
comme le soutient Régis Debray, jadis théoricien de la guerre de guérilla et aujourd'hui gourou de la 'médiologie', 'terrorisme' et propagande ont toujours évolué en symbiose ("escalade concomitante de l'informatif et de l'explosif") : du temps de Robespierre, c'était la guillotine et le sémaphore; dans les années 1880, la dynamite et le télégraphe: de nos jours, c'est l'alliance de la voiture piégée et du site web qui hante le monde de Bush et de Ben Laden
on compulse Buda's Wagon, historiographie extensive du terrifiant VBIED* (Vehicle Borne Improvised Explosive Device, désignation du Pentagone des chariots explosifs à l'ère des open-source conflicts) à ses différentes heures, ses différents techniques et ses différents usages (pure perméabilité politique, des anarchistes italiens et de l'ABC de la Havane jusqu'à l'extrême droite sioniste au lendemain de la deuxième guerre mondiale). Soit l'étude saisissante dans le dernier siècle soi-disant moderne de l'autobomba, cet "instrument de terreur clandestin" adoré des "faibles" mais aussi "des régimes autoritaires et des superpuissances", qui terrorise les marchés financiers autant que les crève-la-faim aux arrêtes de bus, pure incarnation de disproportion, de distorsion géopolitique, de propagande par le fait et d'éparpillement, "superprothèses technologiques qui multiplient la dangerosité du potentiel meurtrier des organisations et des réseaux de petite taille". A acheter, à lire en ligne si on aime son bureau selon le chouette crédo de la collection Zones, de La Découverte, ou à regarder à la téloche.
l'aut' jour je chroniquais le nouveau Booka Shade pour le travail, je me faisais violence pour extirper des bons moments (j'aime bien Booka Shade, des vrais animateurs de boum avec le coeur sur la main, mais le disque est vraiment nul, il y a des tapis de cordes en plaqué or qui ne chantent rien, des chansons ridicules et des sons de synthé atroce) et j'ai glissé, à la troisième écoute (je suis un travailleur dévoué et pour citer un livre ébaubissant qui s'appelles Les fragments de Lichentenberg et que, j'espère, vous êtes en train de lire, "selon le barde Flann O'Brien, les molécules d'une bicyclette tendent à se mêler à celles du cycliste" - sans me comparer parce que je ne sais pas faire du vélo, c'est vrai que je suis incapable d'écrire à propos d'un moment de musique sans qu'elle se déroule en même temps même, pavlovien le gars) sur le solo de rhodes synthétique (encore une fois, son de synthé atroce) j'ai eu une EMOTION, je me suis dit si ça avait été un vrai piano j'aurais peut-être aimé ce morceau; je me rends compte à quel point c'est un fait indéniable sur la belle musique électronique quand j'écoute quelques beaux moments de dialogues avec les oiseaux sur le très honnête Live du très honnête (un peu trop)
Henrik Schwarz ---dialogues avec les oiseaux c'est une autre définition du vocable deep, en quelque sorte, si vous voulez, si vous acceptez--- quand il met un peu de piano solo piano dans ses matières stretchées sans état d'âme (c'est un peu dommage), quand il refait des morceaux de Takahashi Kuniyuki (qui l'aime un peu trop, son piano, lui, j'ai comme l'impression que tout l'intérêt de la deep house c'est la limite diffuse d'énergie autour de laquelle elle se construit, en négatif, série d'évènements-effets virevoltant dans l'énergie amoindrie d'un inénarrable équilibre de force entre les oiseaux, qui chantonnent avec le petit dieu Sens d'un côté, et l'abysse dégueulasse du geste mécanique de l'autre, quand j'écoute All These Things de Kuniyuki Takahashi j'ai l'impression de lire une liste, de discuter avec un bouddha cybernetique qui en aurait après mon âme, quand j'écoute Schwarz je ne sais pas trop ce que je suis en train d'écouter et finalement c'est un bien rare, en dépit des moments laids, une surface irrésolue, problématique, conditions de génèse en quelque sorte si vous pouvez pardonner c'est petite ontologie ridicule de cette musique mais la deep house européenne, ses faiseurs et ses danseurs, tous courent après cette petite logique, j'en suis sur et certain), quand il en remet une couche sur les petits violons en plastoc de Boundzound, quand il grossit la matière de son "Imagination Limitation" façon gros piano vrombissant, je ne sais pas si Henrik Schwarz a un piano dans son salon, mais je suis sûr qu'il a un coeur gros comme la main;
de même, quand le héros du peuple Carl Craig fait un sort à un atroce produit post kölnconcert (l'italien qui massacre Strings of Life pour en en faire de la vraie musique, là), quand le steinway résonne dans ses racks de delay simple et rebondit contre ses gros synthés, quand ses petites pompes new-agisées, affablisées jazz fusion de musique minimaliste new-yorkaise s'embourbent dans la bassline en carton et dans les cordes de DX7 et se muent en petits mécanismes cuivrés, c'est comme une libération, la house qui s'incarne en plein, avec tous ses paradoxes filandreux et son romantisme chou fleur (vous n'oserez pas argumenter contre Sakamoto quand il s'abandonne sur son Steinway, pas si vous avez vous même un coeur) et s'installent au creu de toutes les parois de la vie, surtout le matin, les pianos qui s'allongent sur les boitas c'est une musique du matin, pas une musique matinale, non, mais une musique du matin, ou comme Pierre Senges l'écrit à propos d'une toute autre chose, "les fantaisies sont entre de bonnes mains"*
j'annihile un temps ma peur (je mue en taiseux mais ce n'est pas volontaire, c'est à cause des opportunités, du travail, des flux qui s'ouvrent de partout, mais voilà je me mets un coup de pied dans le derrière) et mes ambitions (à venir en italiques - l'encyclopédie, Pavić, Senges, Bustos Domec et Jeff Vandermeer et et après "un seul roman gros comme un boeuf au lieu d'une poignée de graviers lancée pour nous dérouter") pour vous apostropher sur un disque superbe que je m'enquille en toute illégalité (mais ça ne saurait durer), évidemment paumé perdu lettre morte dans le temps, parce que sur le papier, idiote comme un i:
DAS OHR AM GLEIS (l'oreille collée sur le gros rail) est en effet un disque sur les TRAINS et sur les RAILS dans lesquels on entend des TRAINS
ALTARS OF SCIENCE de notre héros Marcus Schmickler, me contentant de rêver en tremblant fort, très très fort, du fait de sa version rabougrie en stéréophonie) il faut s'y plonger; deux raisons massues, c'est le retour de FX Randomiz, dont on n'avait pas entendu une milliseconde depuis l'album de Holosud (pour la beauté de l'histoire, je vous mets un extrait de cette merveille oubliée, pour le biz, je vous HURLE qu'un nouvel album de Schlammpeitziger vient de voir le jour ), ensuite, c'est des nouvelles de C-Schulz, discret manipulateur, vénéré fantôme, une troisième raison pratique: c'est un disque AGREABLE, on y entend cliqueter des cliqueter, le vent sur les parois du train qui souffle des notes qui tiennent parce que le train se meut et parce que la bande souffle, des phrases superbes, des effets très honnêtes, des résonances qui chantent, des pulsations rajoutées, multipliées par l'informatique et par la main; les deux gars ont posé des micros un peu partout, sur les rails, entre les wagons, ils ont dû se payer le luxe de voyager sans destination, de s'oublier dans le temps du voyage,
dans la bulle du temps perdu, cette intervalle chérie où il est autorisé de dormir quand on n'est pas fatigué, d'écouter le bruit, de jouir de ce qui défile et de lire autre chose que du travail; à la fin, en odeur inattendue, c'est une hymne presque techniciste, une ode, un horizon joyeux, les belles harmonies allemandes qui rêvent aux lumières autour de l'équateur mais qui ne les ont jamais vues autrement qu'en peinture, auxquelles trop de petits batards trop bien habillés (des français surtout, ceux-là ne peuvent pas s'empêcher de baver sur la beauté) font du mal en ce moment, , voilà donc un cadeau, une parenthèse enchanteresse de mouvement, et un hommage retourné à Klaus Dinger, qu'on se forcera à entendre dans le hors-sujet
"(...) Tous ces défauts ne sont cependant pas très graves : le lecteur capable de trouver la signification secrète du livre, en le lisant dans le bon ordre, a quitté depuis longtemps cette terre, et le public actuel estime que l'imagination est affaire de l'écrivain, non pas la sienne. (...) Pour un tel public le livre n'a pas besoin de renfermer un sablier qui indique le moment où il faut inverser le sens de la lecture, car le lecteur d'aujourd'hui ne change jamais sa façon de lire". (Milorad Pavić, Le dictionnaire Khazar)
"Poésie orale, performance, théâtre, lectures, dialogues de cinéma, conversations courantes, entretiens, témoignages, récits, rap, récitatifs, documents ethnographiques, discours politiques, religieux, pédagogiques, plaidoiries, leçons de danse, de yoga, de gymnastique, instructions militaires, instructions sportives, hypnose, litanies, prières, cérémonies, journaux télévisés, commentaires, sportifs, conte, reportages, boniments, publicité, vente aux enchères, synthèse vocale... L’extrême diversité des formes orales est rarement appréhendée transversalement.Le projet d’Encyclopédie de la parole vise à constituer un plan de composition sur lequel ces différents objets pourraient être comparés. Ce plan passe par l'organisation de séances d'écoute mensuelles où sont donnés à entendre toutes sortes de documents sonores, proposés par un groupe mobile de collectionneurs et agencés live par un DJ ou artiste sonore".

Bien sûr le mois de mars est toujours le plus mélancolique; c'est le bout du rouleau, l'année nouvelle qui s'effondre; mais je trouve le moment plus tristoune encore qu'à l'accoutumée, et tout ce que je cherche, tout ce que je lis souligne le trait et densifie le gris.



"Spectacular bestiaries of heaven, the limbs and tails of the gentle and the fearsome, silent or raging at will... the could never be known in every detail and they never should be.
When time moved, moutains rose from the plains and the miracles multiplied, infinitely lovely. The miracles were the beasts" (Lydia Millet, How The Dead Dream, 235)
notez bien comment Diamond utilise le mot "gratuitement" quand il parle des miracles de la biosphere, notez bien comme c'est triste, notez bien comme c'est inapproprié: il faut dire qu'en sus, en feuilletant La décennie de François Cusset hier après-midi dans le métro, la première chose notable que j'ai lue était une référence à un dialogue entre Hervé Guibert et "le petit Corentin, 8 ans", paru au milieu des années 80 dans "l'Autre Journal":
"Une fraction significative des espèces sauvages, des populations animales et de la diversité génétique a déjà été perdue; aux taux présents, une grosse proportion de ce qui reste disparaîtré au cours du prochain demi-siècle. Certaines espèces - tels les gros animaux comestobles, les plantes aux fruits comestibles ou le bon bois d'oeuvres - , malgré leur grande valeur pour les hommes, ont été exterminées dans le passé (...). La perte en biodiversité est tout aussi grave. Le monde naturel tout entier est composé d'espèces sauvages qui nous fournissent gratuitement des services qu'il peut être très couteux, voire impossible, de nous procurer par nous-mêmes. L'élimination d'un grand nombre de petits poissons a souvent des conséquences très dommageables pour les humains, un peu comme si l'on retirait au hasard beaucoup des petits rivets dans l'assemblage d'un avion. Les exemples en sont innombrables: le rôle des vers de terre dans la régénération des sols et la préservation de leur texture (l'une des raisons pour lesquelles le niveau d'oxygène a chuté à l'intérieur de Biosphere2, portant de graves atteintes à la santé (paralysie) de ceux qui y résidaient, était l'absence de vers de terre en adéquation avec le milieu, ce qui a contribué à altérer les échanges de gaz entre le sol et l'atmosphère); les bactéries du sol qui fixent les nitrogènes essentiels pour nourrir les cultures; les abeilles et autres insectes pollinisateurs (ils ensemencent gratuitement nos cultures, alors qu'il est coûteux pour nous de polliniser chaque fleur de culture à la main); les oiseaux et les mammifères qui dispersent les fruits sauvages (...); l'élimination des baleines, des requins, des ours, des loups et autres grands prédateurs qui modifie toute la chaîne alimentaire; et les plantes et les animaux sauvages qui décomposent les déchets et recyclent les nutriments contribuent ainsi à la qualité de l'eau et de l'air" (Jared Diamond, "Le monde est un polder", Effondrement, 546)
"Corentin boursicote, avec ses propres économies, mais aussi l'argent de poche de son frère Emile, 4 ans: "ça ne le dérangera pas, à chaque fois il dit oui, alors..." Il connaît les pages boursières par coeur, et se fait quelques cadeaux dès qu'il réalise, par l'entremise de son banquier, une opération juteuse: "Une chose comme le jeu d'échec électronique, le blazer que je porte, je les ai voulus, je les ai achetés, et puis voilà". Une porte une petite cravate noire mais, sur l'habillement comme sur tout le reste, son point de vue est assuré: "Bon, si on veut aller au cirque, ou si on veut rester élégant pour aller courir, c'est mieux que les noeuds papillon ou de petites choses comme ça" ("Corentin boursicote" (entretien), "L'Autre Journal", 7 au 13 mai 1986)ce qui nous nous ramène illico au point zéro, à celui du roman de Lydia Millet notamment et à l'enfance de son saumâtre héros, quand il suçote des pennies dans sa bouche et arnaque ses camarades à l'école;
il faut finalement dire qu'avant de m'endormir, hier soir, Bolaño m'a, une fois de plus, enseveli, le temps d'une remarque remarquablement sordide sur le labyrinthe, sous les monceaux d'une énième tempête de merde et de désespoir (ses personnages de lecteurs sont très humains, c-à-d qu'ils sont tout autant passionnés, amoureux, sincères que dérisoires, cruels, inconscients, égocentriques, dégueulasses, irresponsables et très pathétiques) :Une fois sortis, ils prirent un taxi et continuèrent à discourir.
Le chauffeur de taxi, un pakistanais, les observa les premières minutes dans le rétroviseur, en silence, comme s'il n'en croyait pas ses oreilles, puis dit quelque chose dans sa langue et le taxi passa par Harmsworth et l'Imperial War Museum, par Brook Street puis par Austral et après par Geraldine, faisant le tour du parc, une manoeuvre de toute évidence inutile. Lorsque Norton lui dit qu'il s'était perdu et lui indiqua quelles rues il devait prendre pour retrouver le bon cap, le chauffeur garda, de nouveau, le silence, ne murmura plus rien dans sa langue incompréhensible, pour ensuite reconnaître que, en effet, le labryinthe qu'était Londres était parvenu à le désorienter.
Voilà ce qui poussa Espinoza à dire que le chauffeur, sans le vouloir, bordel de Dieu, bien sûr, avait cité Borges, qui avait une fois comparé Londres à un labyrinthe. Ce à quoi Norton répliqua que bien avant Borges, Dickens et Stevenson avaient évoqué Londres en usant de ce trope. Ce que, selon toute apparence, le chauffeur de taxi n'était pas disposé à tolérer, car la seconde suivante il dit qu'il était possible que lui, un Pakistanais, ne connaisse pas le susnommé Borges, et qu'il était aussi possible qu'il n'ait jamais lu les susnommées messieurs Dickens et Stevenson, et qu'il était même possible qu'il ne connaisse pas suffisamment bien Londres et ses rues, et c'est pour cette raison qu'il l'avait comparée à un labyrinthe, mais que, en revanche, il savait très bien ce qu'était la décence et la dignité et que, d'après ce qu'il avait entendu, la femme ici présente, c'est-à-dire Norton, manquait de décence et de dignité, et que dans son pays cela portait un nom, le même qu'on lui donnait à Londres, quel hasard, et que ce nom était celui de pute, encore qu'il ait été aussi licite d'employer le nom de chienne, de truie, d'hyène en rut, et que les messieurs ici présent, des messieurs qui n'étaient pas anglais à en juger par leur accent, avaient eux aussi un nom dans son pays, et ce nom était celui de souteneurs ou de maquereaux ou de proxos ou de barbots.
Discours qui, affirmons-le sans exagération, prit par surprises les arcimboldiens, qui mirent du temps à réagir, disons que les injures du chauffeur furent balancées sur Geraldine Street et qu'ils ne parvinrent pas à articuler leurs premiers mots que sur Saint George's Road. Les mots qu'ils parvinrent à articuler furent: Arrêtez immédiatement le taxi pour qu'on descende. Ou bien: Arrêtez votre saloperie de bagnole parce qu'on préfère descendre. Ce que le Pakistanais fit sans attendre, actionnant en même temps qu'il se garait, le taximètre et annonçant à ses clients ce qu'ils lui devaient. Acte consommé ou dernière scène ou dernier salut que Norton Pelletier, peut-être encore paralysés par la surprise injurieuse, ne considérèrent pas comme anormal, mais qui fit déborder, et abondamment, le verre de la patience d'Espinoza, lequel, sitôt descendu, ouvrit la portière avant du taxi et en tira violemment le chauffeur, qui ne s'attendait pas à une réaction de cette sorte d'un monsieur si bien mis". (Roberto Bolaño, 2666, page 93)

Nous y voilà donc: http://fricfracclub.blogspot.com/
to the guys at the FFC
ma mie m'a montré le blog d'une charmante styliste américaine qui façonne des jolies robes en vichy dans sa jolie maison décoré de l'illinois qui soit sentir bon le bois poncé;
son rêve est certainement d'aller au SXSW festival avec brian qui les cheveux tout ébouriffés pour découvrir les dernières tendances de l'indie pop suédois avec tous ces groupes genre fanfare tout foufous qui sont dix sur scène et qui sont déguisés ;

Etc etc, etc; pour resituer un peu le contexte de la diarrhée, "she" c'est Joan, architecte chargée d'élaborer un mémorial en l'honneur de deux victimes du tsunami en Indonésie financé par leur frère multi-milliardaire, et c'est le coeur de
She flipped the gigantic Hermès leather notebook Pradeep gave her on her last birthday and reexamined Andy Goldsworthy's seraphic earthwork. How could she compete? For the 10,000th time, she looked at Donald Judd's aluminium Marfan boxes and concrete bunkers in a neat desolate row (...). There was a a xeroxed article about Michael Heizer's awesome Earth Alert "ruin" in the Nevada high desert- it all made her queasy. Déjà vu vu vu vu vu: newspapers, slick city magazines, and Sunday supplements carrying the same tired layouts on an eroto-escherian loop: Marfa/getaways, Marfa/land boom, Marfa/Chinati (chinati meant "raven" in aztec - she wanted to gag), Marfa/Prada storefront installation, Marfa/Giant, Marfa/eccentric 50something heiresses, Marfa/renovated rundown Deco buildings and adobe fixer-uppers, Marfa/ocotillos and prairie dogs, Marfa/Dan Flavin/Barracks, Marfa/"Mystery Lights"... the monthly piece somewhere, anywhere, everywhere about culinary auctions of black truffles from the foothiils of the Pyrenees, or Masa Takayama's latest psycho-expensive sushi parlor, always "tucked behind an unmarked door"... the controversy over the use of "Kobe" vs "Kobe Style"... the Coppola family compound turned lodge-resort in Belize... The Spiral Jetty (aerial shot) and Andrea Zittel/A-Z Administrative Services/A-Z Raugh/A-Z Escape Vehicles and Michael Fucking Heizer. If she read one more thing about Smithson's Spiral Jetty (aerial shot) or the Lightning Field or Andi Joshua Tree (Mojave as Marfa) Zittel's schoolgirl uniforms and desert hiking trips or Heizer's cranks and idiosyncrasies or High Desert Test Sites or Center for Land Use Interpretation or Dia: Bacon or Lannon Foundation Earth Sculpture Installations or for that matter anything about William T Vollmann (who even looked like Robert Smithson; oddly, both Smithson and Vollmann looked like Donald Judd without beards) and the Inland Empire or Imperial Valley - she was certain she would disembowel herself at the Basel Art Fair and take a few with her. There were other, different loops: the UCLA Live Spring brochure with its dumbass hypey look-at-me names; Chava Alberstein, Pappa Tarahumara, Tania Libertad, Astrid (Zaha!) Hadad; the New Literary Hoaxes; the people compelled to amputate their own limbs; the affluent Manhattanites who got monstrous diseases and wrote tender tranchant diaries of their own demise... the Brian Wilson Smile and Elvis Costello classical-crossover/Metropole Orkest loop; the Walter Benjamin/Eva Hesse/Guy Debord loop; the Proust translation wars; the what-does-Steve-Jobs-who-is-always-standing-in-front-of-a-big-screen-image-of-
himself-have-up-his-sleeve loop (one year it was rare cancer).
Memorial, de Bruce Wagner, connu comme gars au cinéma et ex de Castaneda - mais aussi romancier ok, stylé, crâneur, extralucide, délicieusement cruel (un peu ce qu'on appelle - no pun intended - un satyricon), puant juste ce qu'il faut pour avoir un peu mal aux gencives; mais ce qui me taraude surtout quand je fais trempette dans ses longues charges précises et douloureuses contre la vie américaine moderne, c'est les exhibitions et les manipulations sémantiques très complexes qu'elles autorisent sans en avoir l'air. Je m'explique un peu: en propos rapportés dans les premières pages, on peut lire une citation de la revue Kirkus sur le bouquin qui dit "Brilliant, entropic fiction", et c'est presque ça qui m'a convaincu de le ramener à la maison. Je me demandais un peu pourquoi en parcourant les premiers chapitres; et puis petit à petit les atomes de la vie moderne se mettent à bombarder le texte, en références un peu absconses, en oripeaux de cet actuel liquide, spongiforme, dont la résilience au temps qui passe est si limitée et dont on peine à pouvoir analyser, en termes phénoménologiques plausibles, le fonctionnement de son action sourde (expliquez moi pourquoi un jour c'est les fractales et les laptop et le lendemain c'est les converse et les teesh de black metal, hein, expliquez moi), et puis, puis en références de références, références pliées, feuilletés, jusqu'à cette bonne vieille accumulation/saturation qui vide tous les mots, tous les signifiés et tous les signifiants, de tout sens et de tout sens commun. Je repense sans cesse au bureau de Slothrop, dans les premières minutes de Gravity's Rainbow, je me demande ce que pourra bien déchiffrer notre descendance de ces accrétions d'actuel emmêlé et labyrinthique, de noms propres quasi alchimiques, comme le méfait d'un Douglas Coupland aristocrate, dératé, insupportable, qui laisserait les plis de la vie qu'il décrit le submerger de non-sens, quand il tentait naïvement des les déchiffrer pour façonner ses punchlines ; je me dis que c'est une vraie singularité des lettres américaines, et qu'elle n'est pas, comme on râle si souvent de ce côté de l'océan en hurlant aux jongleries gratuites et absconses, une coquetterie formelle, loin s'en faut, mais une vraie charge politique, ontologique, structurelle qui habitent cette littérature de l'intérieur et qui peut pousser ses personnages à songer, même en blague, à pratiquer des seppuku (切腹) en public (je me dis aussi qu'on y songe pour protester contre le papier glacé, et plus pour la nation, mais juste en passant). Je dis ça, j'ai pas encore fini le bouquin; je dis ça, c'est sûrement très accidentel parce que Wagner est surtout réputé pour être une jolie langue de pute à Hollywood (eh il a même écrit le scénario de Freddy 3); je dis ça, j'ai même pas le temps de vous en parler correctement; je dis ça, tout a commencé parce que page 23, un personnage doit en rejoindre un autre sur le lieu de tournage d'un clip des Fiery Furnaces et que je me suis senti piqué au vif; je dis ça, on parle de Bill Vollmann comme d'un accessoire branché de la vile vie intellectuelle contemporaine, de la hype nazie, de cette salope d'époque, ça fait mal aux fesses.
vous allez voir c'est intéressant le surmenage feuillette vraiment dans ma vie intellectuelle

